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A PROPOS DU CINEMA AMATEUR

A Propos du cinéma amateur

« Les Granges que les locataires utilisaient comme garde-meubles étaient pleines de valises et de coffres que j’ouvrais délicatement, en faisant sauter la serrure ; ils déversaient sur le sol, dans une odeur de naphtaline, toute une vie étrange d’objets vieillots et désuets parmi lesquels, je passais des heures merveilleuses, dans une athmosphère de trésors trouvés et de naufrage ; chaque chapeau, chaque soulier, chaque coffret de boutons et de médailles, me parlait d’un monde mystérieux et inconnu, le monde des autres. »
(Romain Gary dans « La Promesse de l’aube »)

Pour les « maniaques », dont je me sens proche, qui récupèrent sur les foires et vide-greniers ou d’autres façon, les anciennes bobines de films tournés par des cinéastes amateurs, le plaisir distillé par la projection de ces documents qu’ils ont trouvés, est bien le même que celui décrit par Romain Gary : celui qui est procuré par la découverte du monde des autres. Et ce qui est formidable ici, c’est qu’il s’agit du même monde que le nôtre, enfin presque.

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Le projecteur propose à l’écran des vues de mariages, de communions et de baptêmes, des paysages de vacances, des carnavals et des courses cyclistes, et des enfants surtout : des enfants dont on veut suivre l’évolution pas à pas, garder les traces des étapes essentielles de leur vie, des meilleurs moments, du bonheur tout simplement.

Il est évident que plus les films seront anciens, plus le milieu géographique où ils se situent, éloigné du nôtre, plus les actions montrées seront insolites ou précises et plus l’intérêt sera grand. Mais là n’est pas le propos. La condition énoncée n’est pas exclusive car même les films les plus banals peuvent susciter de l’intérêt car ils sont dégagés de l’affect qui nous encombre dans la vision de nos films personnels. C’est incroyable comme nos propres gestes accomplis par d’autres, nos émotions ressenties par des étrangers peuvent nous sembler différents.

 Ce qui surprend, encore une fois, c’est l’estrême banalité des sujtes, la répétition à l’identique des mêmes thèmes, d’une famille à l’autre, d’une année à l’autre, au moins à partir des années « 70″.

« Il s’est tourné des milliers de kilomètres de défilés de majorettes, de barbecues, de mariages, d’anniversaires, de naissances. Une longue attente. Un long constat. Par exemple, on ne filme pas les morts ni les enterrements. Autrefois, ça se faisait, pourtant, de les photographier, les morts. Mais il semble que le monde ait changé. On ne filme plus que son bonheur, et c’est un bonheur qui bouge. Un bonheur agité, pas du tout destiné au souvenir. Devant le photographe, on pose pour la postérité. Avec le super 8 on se laisse filmer comme ça. Ca ne compte pas. » *

A mille lieues des préoccupations des cinéastes professionnels, le cinéaste amateur s’est essentiellement attelé à enregistrer des moments de la vie, de sa propre vie, sans scénario, en général sans préparation ni mise en scène, pour tout simplement garder des souvenirs pour se revoir et se montrer mais sans nostalgie. La nostalgie vient plus tard, du vieillissement des êtres et des choses, du sentiment de disparition d’une époque formidable.

 « Il semble que personne ne se soit jamais fatigué de la suite infinie des anniversaires, ni des arbres de Noël qui tombent toujours en décembre. C’est une sorte de guet permanent. Comme les prêtres des religions anciennes surveillaient anxieusement le retour des astres et des saisons, la caméra anonyme enregistre l’indiscutable certitude temporelle. Il ne faut pas croire qu’il s’agisse là de films ratés. Il n’est même pas sûr que les maladroits entrechats d’un bébé vacillant, ou ses premiers étonnements devant le feu des bougies, constituent la motivation du caméraman. C’est plutôt l’indéfini bonheur d’être là ; d’être toujours là. On peut bien chercher à décrire ce qui se passe à l’image. Il se passe à vrai dire rien qui vaille, même pour les principaux intéressés. On a l’impression, seulement, d’un permanent : « c’est lui ! », « C’est elle ! », « Nous étions là, ce jour là ».  » *

Chaque bobineau de film amateur découvert ou retrouvé, extrait d’un enroulement qui devait être définitif, précautionneusement couché dans les coulopirs du projecteur qui lui offrira une seconde vie, nous parlera « d’un monde mystérieux et inconnu, le monde des autres. »

* A ma demande, pour accompagner un film de montage, Jean Maffioletti a composé un commentaire duquel sont extraits ces deux citations.

Michel Gasqui, dans Infos-Ciné n°56 – décembre 2003



Auteur:

Migas

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